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Association des Praticiens du Souffle

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petitlogoAPS Présentation faite par Marie-Françoise Louche

Mon projet professionnel trouve son origine dans un engagement idéaliste : changer la société !

Après une licence en communication sociale, J'ai exercé pendant 10 ans le métier d'animatrice socioculturelle. A l'époque, début des années 80, on misait beaucoup sur le développement communautaire. Les conclusions tirées de mon travail, m'ont conduite sur le divan mais aussi sur un Zafu, un coussin de méditation. J'ai réalisé que le changement collectif passait par le changement individuel et que charité bien ordonnée ...

Conjointement à une analyse jungienne, j'ai pratiqué puis je me suis formée au Rebirth au sein de l'association " Renaitre " fondée par Marguerite Joris et Dominique Levadoux à la fin des années septante.

Début des années 90, je deviens coordinatrice d'un Centre de Planning familial bruxellois, le CAFRA, où j'ai également exercé comme psychothérapeute, tandis que l'opportunité de pratiquer le rebirth en groupe m'était donnée à l'Ecole des Parents et des Educateurs. En 2001 nous avons fondé, avec mes collègues rebirtheurs, l'APS qui a succédé à l'association Renaître et au sein de laquelle j'assume plus particulièrement la responsabilité du volet formation.

Comme vous le savez dans notre métier nous sommes notre propre outil et nous sommes amenés à l'aiguiser sans cesse pour pouvoir garder notre pertinence. Vu le temps qui nous est imparti, J'en viendrai très vite aux 2 expériences de formation qui m'ont le plus aiguisée ces dix dernières années : mon retour à l'université pour une licence en Psychologie, orientation clinique et dernièrement ma rencontre avec L'EMDR.

La licence en psychologie m'a permis de clarifier mon projet de psychothérapeute.
L'expérience de l'EMDR vient signer ma reconnaissance de l'efficacité de méthodes relevant d'un cadre autre que le cadre analytique. Je suis d'ailleurs heureusement frappée de la convergence possible d'approches issues de modèles scientifiques différents, au travers de techniques communes comme par exemple la pratique des " états modifiés de conscience ".

Ceci nous ramène à la raison de ma présence à cette table ronde aujourd'hui.

La construction d'une maison commune pour promouvoir et soutenir les associations francophones de psychothérapie humaniste, la FPH, m'a permis de rencontrer régulièrement, depuis 3 ans, la plupart de mes collègues autour de cette table. Des liens de confiance et d'amitié se sont noués et il m'a semblé tout naturel de répondre à l'invitation de mes cousins de la Sobab ! Une rencontre comme celle-ci peut permettre à chacun d'être plus conscient de son identité propre et reconnaissante de celle de l'autre. Finalement il me semble que cela devrait nous amener, au delà de stériles débats d'école, à faire progresser nos réflexions théoriques et à améliorer nos pratiques au bénéfice de nos patients. Je remercie très chaleureusement la Sobab pour son initiative.

Les grands traits de mon Approche générale, de mon courant, notre spécificité

Je définirai le Rebirth, tel que nous le pratiquons à l'APS, comme une thérapie utilisant des techniques basées sur la respiration et sur le toucher , dans le cadre de la psychothérapie analytique à médiation corporelle.

Ce nouveau Rebirth se démarque donc nettement du Rebirth à l'américaine tel que l'enseignait Léonard Orr au début des années 7O. Nous gardons de sa méthode l'intérêt pour l'hyperventilation et l'expérience des revécus de naissance d'où la thérapie a tiré son nom mais nous avons élargi le spectre des modes respiratoires et relativisé le rôle de la naissance qui garde son importance au niveau métaphorique : toute thérapie peut se concevoir comme une expérience de mort/renaissance, et chaque étape ou chaque stade de la construction du moi comme un passage réactualisant l'angoisse et les enjeux du tout premier passage.

Nous inscrivons notre travail dans un cadre analytique, c'est-à-dire que nous reconnaissons, contrairement à Orr, le rôle fondamental de l'inconscient, de la sexualité et de l'analyse du transfert dans le travail avec le patient. Notre association adhère au Mouvement humaniste, traduisant notre souci de nous situer non seulement dans une perspective psycho-pathologique mais de promouvoir une vision de l'homme appelé à potentialiser en lui toutes les ressources créatives pour se réaliser pleinement.

Le Rebirth ou psychothérapie par le souffle, part du constat suivant : face aux difficultés, nous avons tendance à restreindre notre respiration et, confrontés aux émotions, nous allons parfois même jusqu'à la bloquer. Pourtant, c'est grâce à d'autres attitudes que l'épreuve se traverse : accueillir les émotions ; amplifier et approfondir la respiration ; lâcher-prise.

La respiration amplifiée induit un état de conscience modifié où, comme dans le rêve, elle permet de contacter des moments marquants du passé, à travers l'émergence d'images surgies de l'inconscient ou de souvenirs parfois très anciens, comme celui de la naissance.

Les traces de notre histoire s'inscrivent dans le corps. Le travail avec la respiration peut raviver cette " mémoire " corporelle.

Quelle que soit l'expérience ainsi contactée et partagée par la parole, dans la relation avec l'accompagnant, nous l'intégrons dans le processus de la personne en tenant compte de ce qui la pousse à entreprendre une démarche de guérison ou de transformation.

L'engagement du corps du thérapeute

La question de la place du thérapeute pose évidement la question du cadre avec cette particularité de changer l'orientation habituelle de l'éclairage de la scène, en braquant le projecteur sur le corps du thérapeute. Je vais essayer de ne pas faire trop dévier le projecteur !

Le cadre de la psychothérapie par le souffle est héritier de celui de la psychanalyse. La compréhension de ce qui se vit de notre engagement corporel est indissociable de l'analyse des mouvements du transfert et du contre-transfert. La respiration et le toucher sont les deux outils principaux à notre disposition pour médiatiser notre travail thérapeutique. Le Rebirth tel que nous le concevons, ne propose pas de grilles de lecture systématique qui suggérerait une lecture normative ou évaluative standardisée. Un même vécu corporel pourra être interprété de manière différente selon la personne qui se trouve en face de nous et ce qui se passe, à ce moment là de la thérapie, dans la relation.

Dés la première rencontre avec un patient ces deux paramètres, souffle et toucher vont contribuer à établir un premier diagnostic et sous-tendre les interventions. Qu'est qui me frappe à l'arrivée de la personne, comment est-ce que je lui tends la main, qu'est-ce que je ressens à ce moment-là ? Assise face à mon patient pendant notre premier entretien, j'observe ma respiration, quelle amplitude, où est-ce que je respire, qu'est-ce que je ressens ? Que m'évoquent ces ressentis, quelle est l'émotion qui m'habite, quelle image me vient à l'esprit ? Est-ce congruent avec ce que la personne est en train de me dire ?

Permettez-moi d'illustrer ceci par une petite vignette clinique

Je rencontre pour la première fois Jocelyne, candidate à notre formation. Bardée de diplômes et d'expérience, apparemment très à l'aise, Jocelyne me fait part en souriant de ses motivations. Je me sens oppressée, ma respiration est courte, réfugiée dans le haut de mon corps, et je sens une boule d'angoisse dans mon ventre. Cette angoisse ne m'appartient pas. Il me semble que je partage là, quelque chose du vécu intérieur de Jocelyne. Une émotion peut-être dissociée et certainement décalée et disproportionnée par rapport au stress inhérent à la situation. Je décide d'essayer de rétablir un climat propice à ce type d'entretien. Je m'installe plus confortablement dans mon fauteuil, les pieds bien ancrés au sol, je respire amplement, calmement. J'installe en moi de la sécurité, une chaleur rassurante et contenante. Le ton de la voix de Jocelyne change, elle s'installe à son tour et nous pouvons nous concentrer sur l'objet de notre rencontre.

Une séance de rebirth démarre par un entretien à la suite duquel nous proposons au patient de s'allonger, yeux fermés, sur un matelas. Je commence généralement la séance de respiration en guidant verbalement la personne dans une prise de conscience de sa respiration naturelle et de son ressenti corporel et émotionnel. Ce que j'applique également pour moi-même. Ensuite je lui propose de respirer plus amplement en liant inspir et expir, de garder son attention sur son ressenti, d'arrêter toute activité mentale volontaire, d'être à l'écoute et de respirer dans ce qui survient.

Je me mets aussi à l'écoute de mon ressenti et par l'observation ou par le toucher, un toucher qui s'apparente à celui de l'haptonomie, j'accompagne la personne dans son travail. Cet accompagnement peut se faire extrêmement discret ou plus intervenant selon le vécu de la personne. De l'assise quasi méditative lorsque ce vécu emmène le patient dans un voyage serein porté par une respiration devenue paisible à un toucher qui se fait contenant, enveloppant, pour certains vécus régressifs ou encore qui propose une résistance lors des vécus de colère. Mes interventions peuvent également passer par le souffle : je pourrai par exemple intensifier et rendre audible ma respiration pour soutenir celle du patient. Je ne développerai pas ici les spécificités des différents respirations que le patient peut rencontrer, leur effet cathartique ou intégratif pour rester au niveau de mon travail de thérapeute.

Quels sont les principes qui me guident au niveau de mes interventions ?

Laissons ici les principes d'ordre éthique et déontologique qui, je le suppose, nous sont communs à tous ici , pour évoquer un aspect qui me semble fondamental et particulièrement développé dans les thérapies psychocorporelles :

- La dimension du contact et le rôle de contenant du thérapeute, spécialement au travers du toucher

Le thérapeute comme contenant, au travers des touchers d'enveloppement, permet aux patients régressés, et spécialement aux plus fragiles, d'unifier leurs sensations et leurs perceptions, les confirme dans leur existence et instaure une ambiance de sécurité. On peut le rapprocher de la relation de holding de Winnicott.

Toucher ou ne pas toucher, l'hésitation obsessionnelle fondamentale se trouve dans toute psychothérapie, au coeur de la dramatique du contact ; cette qualité de présence à soi-même et à l'autre, qu'il y ait ou non toucher tactile. Utiliser le toucher tactile me semble enrichir ce travail du contact, indispensable à l'instauration du lien. Son utilisation me semble particulièrement précieuse lorsque, la personne vit des expériences renvoyant aux périodes infantiles où la communication passait essentiellement par le langage non-verbal. La rencontre tactile entre le psychothérapeute et le patient, n'entraine pas la fusion mais prend un rôle différenciateur pour ce dernier. Le toucher existe par le non-toucher auquel il est nécessairement et dialectiquement relié. L'acte thérapeutique du toucher confronte à l'alternance contact / rupture, présence. /absence et à la séparation des corps.

Le toucher peut aussi appeler L'Eros avec tact pour inscrire l'irreprésenté mortifère dans le jeu du désir. Ce que Prayez nomme l'instauration d'une séduction structurante où le toucher est conçu comme une "interprétation en acte " et la fonction du psychothérapeute comme contenant, permet la réalisation de ce que Prayez nomme "l'érogénèse contenante ". L'interdit du toucher n'activerait l'érotisation fantasmatique que si le corps érogène est suffisamment structuré. Si l'image du corps tel que la concevait Dolto est défaillante, le sujet n'existe pas en tant qu'être incarné mais se débat dans un corps informe, non alerté par le désir et soumis à la pulsion de mort. Ce "corps chose" incapable d'être atteint par un échange strictement verbal ne peut devenir corporéité d'après Prayez que s'il est appelé sur la voie d'un plaisir partagé, humanisant, que s'il est directement concerné par une communication non verbale, intersubjective, dans un processus d'érogènèse que Prayez distingue de l'érotisation.

Ceci nous semble fondamental pour comprendre ce qui se passe dans les psychothérapies analytiques à médiation corporelle. Lorsque nous demandons aux personnes en psychothérapie de prendre contact avec leurs sensations internes mais aussi avec celles que nous leur proposons par notre toucher, il s'agit pour nous de mettre en forme un peu de ce qui n'a pu se " psychiser " (cf. C. Dejours) chez elles et qui se trahit pour les non névrosés dans la violence de certains comportements (ex. alimentaires comme dans l'anorexie) ou dans certaines souffrances qui annihilent. Cette mise en forme qui passe par le contact ne sera aboutie que lorsqu'elle aura donné lieu à une parole qui viendra la reconnaître et l'ouvrir dans l'échange avec le psychothérapeute, au jeu des associations. C'est dans son rapport au symbolique que le corps va pouvoir se " psychiser " et la psyché s'incarner. Cette dialectique du corps et de la psyché est médiatisée par Eros, le lien et la relation à l'autre dont l'émotion nous communique la qualité.

Marie-Françoise Louche

Références :

Dejours C. (1986). Le corps entre biologie et psychanalyse Paris :Payot
Dolto F. (1984). L'image inconsciente du corps. Paris :Seuil
Levadoux D. (1979) Renaître une autre manière de vivre Paris : Stock
Prayez P. (1994) Le toucher en psychothérapie. Paris : Desclée de Brouwer
Winicott D. (1969) De la pédiatrie à la psychanalyse. Paris : Payot


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